Marcel Trillat : Il faut sauver 
le Saoudien Raif Badawi

Marcel Trillat : Il faut sauver 
le Saoudien Raif Badawi

Le jeune Saoudien Raif Badawi a été condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet. Son crime ? Avoir défendu les libertés individuelles et la laïcité. Le gouvernement français, François Hollande et les défenseurs de la liberté d’expression, si nombreux à se rassembler le 11 janvier dernier, s’illustrent par leur silence.


Combien de Français connaissent le nom de Raif Badawi ? La condamnation à dix ans de prison et mille coups de fouet (il en a déjà subi cinquante) de ce jeune blogueur saoudien d’un courage admirable a été confirmée. Autant dire que les barbares qui dirigent l’Arabie saoudite l’ont condamné à mort. Mais les 950 coups de fouet qui l’attendent lui seront infligés 50 par 50, à intervalles réguliers, de façon à faire durer le plaisir ! Le Quai d’Orsay s’est fendu d’un redoutable communiqué : « Nous demandons la poursuite de la suspension de l’exécution de la peine et appelons les autorités saoudiennes à un geste de clémence. » On n’en attendait pas moins d’un gouvernement soi-disant de gauche prêt à tout pour liquider ses stocks de Rafale, d’hélicoptères de combat et autres joujoux qui font de la France le troisième marchand d’armes au monde. Tant pis si nos meilleurs clients sont les pires ennemis de la démocratie et des droits de l’homme (Qatar, Égypte, Arabie saoudite, etc.).

De quel crime abominable est donc coupable le fondateur du forum de discussion en ligne « Libérez les libéraux saoudiens » ? D’avoir écrit par exemple : « Le libéralisme garantit l’expression de toutes les libertés individuelles, y compris la liberté de culte. (…) Un État libéral est un État sans religion, ce qui ne veut pas dire qu’il est athée, mais au contraire qu’il garantit à toutes les religions le droit d’exister. » (1) Assez bonne définition de la laïcité qui fait notre fierté depuis 1905 ! Cela mérite la mort, en effet !

En face d’une telle infamie, comment nos concitoyens peuvent-ils supporter le lamentable spectacle de notre président faisant publiquement des risettes au roi d’Arabie saoudite reçu en grande pompe à l’Élysée ? Il est vrai que la vie d’un héros de la liberté ne pèse pas lourd comparé aux milliards du roi du pétrole…

Mais que sont devenus les démocrates, les humanistes, les intellectuels dont les manifestations contribuèrent avec éclat, en d’autres temps, à sauver Angela Davis de la chaise électrique ? Et ceux que le sort imposé à Sakharov et aux autres dissidents par le régime momifié de Leonid Brejnev indignait si légitimement ? Allons-nous rester les bras croisés devant l’assassinat légal de Badawi alors que nos anciens ont tout fait pour tenter de sauver Sacco et Vanzetti ou les Rosenberg ?

Je propose donc aux uns et aux autres, à tous les hommes et les femmes de bonne volonté de rassembler toutes les initiatives dans un comité de soutien pour sauver Raif Badawi. Pas un prince saoudien ne doit plus pouvoir poser le pied sur le sol français ni faire ses courses place Vendôme sans déclencher l’énorme tapage des partisans de la liberté d’expression, qui ont démontré si massivement le 11 janvier dernier qu’ils n’étaient pas prêts à courber l’échine devant la barbarie.

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